2026 a déjà démarré, et il est plus que temps pour tout média musical qui se respecte de se coller à l’exercice fastidieux du top de l’année. Musiques Obliques vous présente sa sélection éclectique entre évidences et coups de coeur tombés du ciel, avec un faible pour les musiques alternatives, nourries par les cultures du Monde. Voici une sélection de 50 albums qui ont rythmé cette année relativement sombre, dominée par la montée en puissance de l’IA. Une bonne raison pour ces albums, compilations ou EP de mériter chacun leur superlatif. Pour toi lecteur, je prends soin -quand c’est possible- d’intégrer un lien d’écoute Bandcamp, la meilleure plateforme quand il s’agit d’ouvrir ton porte-monnaie pour supporter tes artistes préférés ! Un top en cinq parties, voici la cinquième et dernière partie !
Le plus LÉTAL
MC Yallah & Debmaster – Gaudencia
Yallah Gaudencia Mbidde poursuit avec Gaudencia son exploration radicale du rap expérimental aux côtés de son plus fidèle compagnon de route Debmaster. Encore plus immersif et agressif que son prédécesseur Yallah Beibe, l’album superpose flow extra-terrestre, rythmes syncopés et productions dystopiques pour sonder leur imaginaire commun. Comme d’habitude, Yallah y déploie une virtuosité vocale singulière, alternant entre anglais, luganda, luo et kiswahili sur des beats mutants. Ensemble, ils façonnent une œuvre visionnaire, aux avant-postes de la scène rap internationale.
Le plus SENSORIEL
Sylvere – Cruce
Le poulain de Modeselektor a frappé fort cette année avec une création originale injustement passée inaperçue. Cruce est un album de six titres où Sylvere poursuit son exploration radicale du son des clubs, en s’inspirant des courants global bass actuels et de vieux classiques techno pour créer des compositions-massues. Ici, Sylvere met son talent au service de Cruce, une représentation menée par Marco Arriola qui met en scène quatre danseurs. Il y crache bass music, acid et rythmes caribéens dans un exercice tout en tension qui appelle à la transe !
Le plus MÉTALLIQUE
Iglooghost – Bronze Claw Iso
Iglooghost est indéniablement l’un des producteurs électroniques expérimentaux les plus talentueux de sa génération. Bronze Claw Iso est un EP né dans la saleté et la frustration : l’artiste le compose en travaillant comme grutier dans une ville où il se sent mal, en conflit avec une scène locale baptisée “Crane⊷Musik”. Le soir, il s’infiltre sur le chantier pour voler de l’électricité et alimenter son laptop qui lui servira à produire ces titres puissants gonflés à l’angoisse.
Le plus TRANSGRESSIF
Various Artists – Perú: Afuera / Perú: Adentro
Cette double compilation est le résultat de la collaboration entre deux acteurs majeurs de la scène électronique globale du moment : les labels Matraca (Pérou) et Love in the Endz (UK). Ils y révèlent la foisonnante scène underground péruvienne, réunissant une brochette d’artistes péruviens ayant tous une signature sonore bien à eux. Cette création collective émerge dans un Pérou plongé, fin 2025, dans une crise politique et sociale sans précédent : violence généralisée, corruption institutionnelle, répression culturelle et insécurité extrême touchant même les musiciens. Malgré ce contexte dystopique, la scène artistique persiste, hésitant parfois entre calme et colère. Une compilation presque historique en forme d’acte de résistance.
Le plus VINTAGE
Wrong Way Up – Totally Right
Totally Right est le premier album du duo australo‑français Wrong Way Up, un projet né d’un amour profond pour le dancefloor. Le disque fusionne afro‑disco vintage, boogie psychédélique et synth‑funk, porté par des boîtes à rythmes et synthés d’époque. Inspiré par des figures comme William Onyeabor ou Francis Bebey, l’album déploie des grooves chauds et une énergie rétro qui en font une friandise incontournable !
Le plus CATHARTIQUE
Shiran & Bakal – Electro Baghdad
Electro Baghdad voit SHIRAN et Bakal réinventer des chants irakiens traditionnels sous un angle électronique moderne. Héritiers d’une double culture yéménite et irakienne, ils mêlent voix expressives, instruments moyen‑orientaux et synthés analogiques pour raviver des mélodies transmises de génération en génération. L’album transforme des classiques en hymnes festifs et actuels, prenant progressivement la forme d’une oeuvre personnelle qui célèbre l’héritage musical irakien avec une énergie contemporaine.
Le plus MUTANT
B E N N – Chaos and Order
Chaos and Order est le nouveau projet de B E N N, producteur et DJ basé à Taipei, qui explore la frontière entre son, philosophie et abstraction. Inspiré par la cosmologie taoïste, l’EP dessine un paysage sonore expérimental fait de rythmes fracturés, structures aussi fragiles qu’inébranlables et textures numériques en décomposition. B E N N y met en scène la tension permanente entre chaos et ordre, dans une ambiance post-club dopée aux sons industriels.
Le plus TELLURIQUE
Vanyfox – Melodia e Choros
Avec Melodias e Choros, l’infatigable Vanyfox poursuit son ascension fulgurante avec une batida moderne au carrefour du kuduro et de l’afro tech, usant et abusant de percussions brutes héritées de ses racines lisboètes et angolaises. L’EP devient un voyage introspectif où l’artiste dialogue avec ses propres contradictions, entre gratitude, douleur et résilience. Les morceaux transforment la mélancolie en apprentissage, portés par des rythmes complexes, des basses profondes, des breaks rugueux et des textures vocales évocatrices. Une nouvelle étape, plus intime et plus mature, dans l’exploration sonore de Vanyfox.
Le plus INTROSPECTIF
Ikonika – SAD
SAD marque la métamorphose d’Ikonika, qui devient pour la première fois productrice, autrice et chanteuse au sein de son propre album. En traversant des « saisons mentales », elle y explore identité queer et trans, parentalité, vulnérabilité et affirmation de soi. Porté par une production aérienne nourrie d’amapiano, de gqom et de rythmes hérités de son père égyptien, l’album mêle pop intime et énergie club contemporaine. Un album qui vient des tripes.
Le plus MASSIF
Obeka – A World No More
A World No More, premier album d’Obeka, puise dans la culture soundsystem de ses racines bermudiennes pour dépeindre une dystopie néo‑coloniale. Marqué par l’exil, le racisme et la violence institutionnelle vécus en Europe, Obeka transforme colère et confusion en paysages sonores abrasifs, alternant bass music et dancehall sombre. En puisant dans son héritage, et avec une force afro-futuriste par essence, il forge un récit de résistance, d’identité retrouvée et d’espoir collectif, où chaque morceau devient un symbole d’émancipation.
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