Fin 2025, Erick Bejarano alias XÔLÅRIO sortait Reportage, un premier album d’électro-pop colombienne au doux parfum urbain. Ancien leader du groupe Milmarias, il s’est d’abord fait connaître en Colombie avec trois albums et plusieurs tournées internationales, tout en composant pour le théâtre. Le chanteur, guitariste et beatmaker s’installe à Lille en 2019 pour fonder une famille et lance, 5 ans plus tard, son projet personnel. Il y lâche un condensé mélancolique de ses émotions de papa déraciné, à travers 11 titres poétiques et profonds. Musiques Obliques a discuté avec l’artiste pour en savoir plus sur ce premier album solo intimiste et prometteur.
Comment est né ton projet solo XÔLÅRIO ?
XÔLÅRIO est né de ma « mort » à Lille. J’étais arrivé de Colombie pour fonder une famille, mais cela n’a pas fonctionné. Je me suis retrouvé seul, sans emploi, ne parlant plus ma langue et sans amis. Seules ma fille et l’envie de faire de la musique dans un contexte aussi différent qu’en France m’ont motivé à rester dans ce pays étranger.
On perçoit une influence afro-colombienne dans ta musique, doublée d’une inspiration électro-pop. Un mélange chaud-froid très agréable et finalement assez unique. Comment définirais-tu ta musique ?
Je viens de Bogotá, une ville bouillonnante de musique et d’esprit d’avant-garde qui ne cesse de m’émerveiller. J’ai grandi bercé par les disques de rock classique de mon père et les soirées cumbia et raspa chez ma grand-mère. J’ai appris la guitare métisse avec mon professeur Ernesto Ocampo, lui aussi bercé par la cumbia, le vallenato et la guitare classique. Plus tard, après des études à Berkeley, il m’a transmis l’influence du jazz psychédélique et du groove des années 90, notamment Marc Ribot, Medeski Martin & Wood, et d’autres. Parallèlement, je terminais mes études de guitare classique à l’université et je jouais dans un groupe de cumbia punk appelé Corporación Macondo avec mon meilleur ami d’enfance, Icaro Zorbar (artiste plasticien vivant aujourd’hui en Norvège). Plus tard, dans les années 90, mon frère Monokike et moi avons créé le groupe Milmarias, déjà fortement influencé par la musique électronique et l’esthétique kitsch de la culture colombienne. Nous avons enregistré trois albums et fait plusieurs tournées. Lors d’une de ces tournées, nous avons même joué à Lille, au vieux Bar Macondo… Je me dis toujours que Macondo manque encore à Lille…
Enfin, après mon arrivée en France et une période difficile passée à travailler dans les cuisines, j’ai découvert les sonorités de l’Afrobeat urbain et de l’Amapiano, qui m’ont permis de peaufiner mon propre style, que je définirais comme de la Synth-Pop Afro-Colombienne, ou quelque chose s’en approchant.
Y-a-t-il des artistes ou albums qui ont particulièrement influencé ton style?
Voici une liste d’albums qui m’ont le plus inspiré pour créer mon style actuel, incluant des titres plus récents qui continuent d’influencer mon évolution artistique :
ABRAXAS — Carlos Santana — 1970
COMBAT ROCK — The Clash — 1982
EL SILENCIO — Caifanes — 1992
CASA BABYLON — Mano Negra — 1994
EL REY AZÚCAR — Los Fabulosos Cadillacs Cadillacs — 1995
LA 22 — 1280 Almas — 1996
BLOQUE DE BÚSQUEDA — Bloque de Búsqueda — 1996
BAILE DE MÁSCARAS — La Maldita Vecindad — 1996
GRITONAS — Corporación Macondo — 1999
PLUS D’ADHÉRENCE — Sidestepper — 1999
POP NÉGRO — El Guincho — 2010
BALNEAR — Mitú — 2014
EL MAL QUERER — Rosalía — 2018
DEBÍ TIRAR PLUS DE PHOTOS — Bad Bunny — 2025
ECTASIA — Ino Casablanca — 2025

Photo : Hollman Rojas
Vivre à Lille t’a-t-il Inspiré d’une certaine manière ? Comment abordes-tu ce sentiment de déracinement dans ton album ?
Oui, vivre à Lille est une expérience unique ; c’est une ville inspirante. Pour moi, elle représente une part essentielle de la France : sa diversité culturelle et son engagement politique. Ici, les sonorités orientales, afro, latines et électroniques convergent ; on pourrait dire que c’est comme Paris, mais Lille, étant une ville plus petite, l’information circule très vite, et pour sa taille, je trouve l’offre culturelle immense.
Comment abordes-tu ce sentiment de déracinement dans ton album ?
Concernant ce sentiment de déracinement, Reportage témoigne clairement de chaque instant vécu en tant qu’étranger. J’y inclus tout : les richesses qu’apporte une nouvelle culture et la solitude et la confusion qui accompagnent la compréhension d’un nouveau paradigme et d’une nouvelle langue. Beaucoup d’efforts et une lutte constante pour rester fidèle à soi-même tout en se créant un nouvel être qui ne cesse jamais vraiment de vivre en Colombie, mais qui ne vit jamais complètement en France. C’est peut-être cela, apprendre à vivre dans un espace virtuel et à tirer le meilleur parti de tout ce que cela implique.
On sent une grande mélancolie dans cet album, malgré un côté lumineux indéniable et beaucoup d’espoir. Dans quel état d’esprit étais-tu lors de sa composition ?
En fait, la musique traditionnelle latino-américaine incarne ce lien entre mélancolie, douleur et danse… ces éléments sont indissociables ; on danse pour oublier les chagrins. C’est le cas de la cumbia, du bullerengue, de la salsa, du son, du vallenato, du reggaeton, de l’afrobeat, etc. Je crois que tout cela relève d’un héritage africain, et dans le cas particulier de l’Amérique du Sud, mêlé à nos racines indigènes… C’est ainsi qu’est née la cumbia. C’était une alliance contre les colonisateurs espagnols, où les esclaves africains, porteurs du tambour et de la magie du monde africain, se sont unis aux populations indigènes locales, qui ont apporté leurs flûtes et le mystère de la jungle.
Reportage est disponible en vinyle et sur toutes les plateformes.

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