Praktika & Innocent Kimpe, balafon sous acid
En grand écart permanent entre la France et l’Afrique de l’ouest, Praktika est une passerelle humaine entre la nouvelle « french touch » et les influences du Mali, du Burkina Faso ou de la Côte d’Ivoire. A peine remis de la baffe reçue par son album Balani Factory sorti à l’été 2024 chez Blanc Manioc, on tend déjà l’autre joue pour accueillir ce nouvel EP, fruit de sa rencontre avec Innocent Kimpe. Ce balafoniste burkinabè apporte sa touche acoustique, boostant les textures techno et drum’n bass de Praktika dans un mélange inédit qu’ils ont baptisé « acid mandingue ». Sorti sur le label belge Rebel Up, leur EP Malabobo est le reflet d’un métissage sonore incroyablement efficace qui ne demande qu’à faire des petits. Interview.
Que signifie Malabobo ?
C’est la fusion de Malabo et Bobo-Dioulasso, et ça sonnait super bien ! Innocent Kimpé vient de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) et nous avons créé le morceau sur l’île de Malabo, en Guinée équatoriale. On a bien essayé de caler « Le Mans », ma ville natale, mais ça ne sonnait pas terrible !
À l’écoute de ton album Balani Factory et de cet EP, on comprend que tu as une attirance particulière pour le balafon. D’où te vient cet amour pour cet instrument ?
J’ai découvert le balafon en 2014, lors de mon premier séjour au Burkina Faso. J’ai eu un véritable coup de foudre en voyant deux balafonistes jouer. Mais l’histoire va plus loin : cela a totalement redéfini ma manière de concevoir la musique avec des machines. En Occident, quand on veut t’apprendre la musique, on te force à passer par le solfège, tu n’as pas le choix. Au Burkina Faso, c’était l’une des premières fois où je rencontrais des musiciens d’un tel niveau qui ne lisaient aucune partition. Ça m’a fait un bien fou.
Qui est Innocent Kimpe ? Comment s’est construite la collaboration ?
Je le connais depuis 2015. Je cherchais des musiciens pour faire des jams à Bobo-Dioulasso et je l’ai vu jouer dans les cabarets. Là-bas, le cabaret, c’est un peu comme nos PMU ici, sauf qu’ il y a de la musique live. Innocent y jouait une bonne partie de la journée. Pour moi, le mec de la techno, c’était une claque de voir cette musique purement humaine me tenir en haleine des heures entières, sans aucune consommation de courant.

Lors de votre tournée en Afrique, quelle a été la réaction du public face à cette fusion entre sons traditionnels et sons électroniques, parfois nouveaux dans certains pays ?
Ça fonctionne instantanément. Innocent Kimpé est pour moi l’un des meilleurs balafonistes au monde, et on réussit à se suivre et à se répondre parfaitement sur de la musique électronique. Le public capte tout de suite cette complicité et l’énergie du live.
Tu passes beaucoup de temps en Afrique de l’Ouest. Que peut-on attendre de ton prochain projet ou voyage ?
Aujourd’hui, j’essaie de trouver de nouvelles manières de faire vivre la musique, notamment en incitant les gens à fermer les yeux et à zapper les écrans pour retrouver une connexion brute avec le son. Notre prochain projet se déroule au Gabon avec une chanteuse et un Harpiste, et c’est exactement dans cette direction que l’on va.
Ecoutez l’EP sur Bandcamp !

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