Ed Motta, l’élégance boogie d’un géant brésilien

Après 13 ans passés à chanter principalement en anglais, Ed Motta revient à sa langue maternelle avec Toc-Toc, un disque qui fait beaucoup de bien à une scène brésilienne qui peine à insuffler de l’originalité à sa musique populaire. Ici, c’est du boogie dont il est question, cette évolution du funk née à la fin des années 90, qui intégrait alors synthés et boîtes à rythmes pour en doper le groove. De manière à la fois simple et ambitieuse, Ed Motta concilie l’écriture traditionnelle de la chanson brésilienne avec l’essence de l’électro-funk, laissant aller son flow en portugais sur des lignes de basses et mélodies synthétiques qui rappellent l’exercice de Marcos Valle sur son album Sempre sorti en 2019.

Sans chercher à copier un son vintage, Ed Motta utilise cette influence pour donner un nouveau souffle à sa discographie, et ouvrir une porte sur le futur. Connu pour ses mélanges entre soul, bossa nova, jazz et funk, le neveu de Tim Maia prouve qu’il en a sous la pédale et refuse de rester assis sur ses lauriers. Bien que moins connu du grand public européen, le musicien carioca est un artiste déjà massivement respecté au Brésil depuis la fin des années 80. Sa réputation de grand mélomane et collectionneur de disques transpire dans cet album, où le groove dodu du morceau éponyme répond au funk cosmique de « Glamour Hotel », à la ballade ludique « A Marina Acende », ou à la synth-pop minimaliste et soulful de « Um Dia de Sol », entre autres douceurs funky.

Derrière cette architecture rétrofuturiste, c’est bien son flow chaleureux et charismatique qui fait mouche, et qui apporte plus que jamais quelque chose d’humain et d’authentique sur ce décor synthétique old school. Anecdote importante, Motta a enregistré l’album seul dans son appartement, réduisant la production à son essence, utilisant l’électronique à bon escient pour trouver le bon équilibre entre sa voix et les arrangements. Dans cet élan de simplicité, il chante ici l’amour, les relations humaines et les détails du quotidien, de façon parfois humoristique et souvent candide, avec une chaleur intrinsèque qui aide à prolonger l’été indien.

A l’heure de la (mauvaise) musique générée par IA, Toc-Toc est un bel exemple d’album qui sonne juste, et qui ressemble même à une leçon d’humilité de la part d’un pionnier brésilien qui n’a pas peur de se renouveler.

Ecoutez l’album ici.

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