Le beatmaker péruvien QECHUABOi signe la seconde sortie de Musiques Obliques, disponible uniquement sur Bandcamp. Aux antipodes de la musique lisse générée par IA qui pollue aujourd’hui l’atmosphère sonore, le producteur hyperactif revendique une méthode intuitive, basée sur la spontanéité du live et ses influences latines. Aujourd’hui installé à Madrid, QECHUABOi produit et sort sa musique à un rythme soutenu, navigant à contre-courant des tendances de la global bass actuelle. Guidé par son instinct plutôt que par les effets de mode, le producteur s’amuse à mêlee techno, reggaeton, abstract hip-hop, footwork et IDM sans recette écrite à l’avance. Musiques Obliques vous invite à écouter son nouvel EP Animal Glitch en lisant l’interview de l’artiste!
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Que penses-tu de l’IA dans la musique ? L’utilises-tu ?
Je pense que l’IA, c’est de la triche. Je ne crois pas qu’elle favorise la créativité dans son sens le plus profond et le plus artistique. Pour moi, c’est plutôt une béquille pour les gens paresseux. Je sais que c’est inévitable compte tenu de la direction que prend notre société, mais je ne suis quand même pas d’accord avec ça.
Les textures et ces « bons » accidents sonores que l’on découvre en samplant, je ne les retrouverai jamais dans l’IA. J’ai l’impression que c’est une forme d’auto-illusion destinée à combler un vide lié au besoin de reconnaissance sociale et à montrer aux autres qu’on est actif et qu’on « produit » quelque chose. En ce qui me concerne, JE N’UTILISE PAS L’IA !
Tu publies énormément de musique, pratiquement chaque semaine. D’où vient toute cette inspiration ? Quelle est ta manière de composer ?
Je fais des beats tous les jours ; il ne se passe pas une journée sans que je m’exerce. Je mets de côté les morceaux qui ne sont qu’à moitié terminés, puis j’y reviens plus tard. Parfois, tout se met en place du premier coup, et d’autres fois, je rouvre des projets que j’avais laissés de côté, je les réécoute avec une oreille neuve et je leur donne une seconde chance.
J’essaie de considérer cela comme un entraînement, au même titre que faire du sport ou manger sainement. J’aime rester connecté à la musique et en écouter énormément. Je puise mon inspiration chez d’autres artistes, mais aussi dans d’autres formes d’art pour lesquelles j’imagine une bande-son. Mon arme, c’est mon sampler, et mes balles, ce sont mes samples.
Écoutes-tu beaucoup de musique ou es-tu trop occupé à composer la tienne ?
Je dirais que c’est du 50/50. J’ai l’impression de consacrer autant de temps à créer des beats qu’à écouter de la musique. J’écoute beaucoup de boom bap, de musique électronique, de reggae, de punk, de métal, mais aussi des styles plus anciens comme les boléros, le jazz ou la salsa, entre autres.

Quels sont les plus grands souvenirs musicaux de ton enfance qui continuent de t’influencer aujourd’hui ?
Sans hésiter, Michael Jackson et George Benson. Ce sont les albums que mon père passait constamment à la maison et lorsqu’il nous conduisait à l’école. Ce sont les tout premiers souvenirs musicaux que j’ai de ma vie, et j’ai l’impression qu’ils m’accompagnent encore aujourd’hui. J’ai même racheté certains des anciens disques de mon père afin de pouvoir les avoir chez moi maintenant.
Peux-tu encore ressentir l’influence des rythmes traditionnels péruviens, même depuis que tu t’es installé en Espagne ?
Oui, cette musique est toujours présente, aussi bien dans ses formes les plus traditionnelles, parce que j’ai des disques à la maison, que dans ses expressions les plus contemporaines, puisque j’écoute constamment ce que produisent mes amis producteurs au Pérou.
C’est quelque chose qui restera en moi jusqu’à mon dernier jour. Peu importe à quel point nous voyageons à travers le monde, les racines de notre folklore nous accompagnent partout où nous allons.
Quelle est ta plateforme préférée pour publier ta musique?
Je publie sur Bandamp mais je mets aussi ma musique sur Rauversión et SoundCloud, même si SoundCloud est la plateforme que j’apprécie le moins.
J’ai l’impression que SoundCloud s’est davantage transformé en réseau social qu’en véritable plateforme musicale. Son algorithme est impitoyable : si tu n’as pas un compte Pro, tu n’obtiens pratiquement aucune écoute ni visibilité. C’est devenu beaucoup trop commercial.
Rauversión est une nouvelle plateforme que j’aime beaucoup, tandis que Bandcamp m’aide à vendre ma musique et à générer un petit revenu complémentaire à la fin du mois.
Parfois, j’aime sortir des morceaux sous mon propre nom parce que je peux le faire immédiatement. D’autres fois, je contacte des netlabels lorsque j’estime que ce que j’ai produit correspond à leur ligne artistique ou à leur concept. Je n’ai pas de préférence particulière. Tout dépend de ce que je ressens le jour où je termine le morceau.
Boycottes-tu les grosses plateformes comme Spotify ou Apple Music?
Je n’ai jamais été attiré par les grandes plateformes, car chaque fois que je veux écouter quelque chose, je cherche sur YouTube. Il y a toujours des images et une qualité d’enregistrement qui ajoutent de la texture et un sentiment « d’époque » à ce que l’on écoute. Je trouve ça intéressant.
J’ai aussi découvert un moteur de recherche alternatif qui bloque toutes les publicités et n’utilise aucun algorithme. Ainsi, chaque fois que je fais une recherche, je repars de zéro. Cela m’oblige à faire mes propres recherches et à ne pas me laisser entraîner par les suggestions qui me sont proposées. J’ai également désactivé l’historique de recherche de YouTube afin que la page d’accueil reparte toujours d’une page blanche.
Même si je sais que les grandes plateformes imposent des accords souvent très défavorables aux artistes indépendants, il y a peut-être aussi chez moi une forme de boycott inconscient. Et, effectivement, je n’ai pas de compte personnel sur Spotify, Apple Music ou aucune de ces plateformes.
Tu n’es ni sur Instagram, ni sur Facebook, ni sur aucun réseau social, ce qui est plutôt rare aujourd’hui. Quelle en est la raison ?
J’ai une personnalité très addictive, et ces applications prenaient énormément de temps sur celui que je pouvais consacrer à la création. J’étais davantage préoccupé par le fait de montrer ce que je faisais que par celui de terminer ce que j’étais en train de créer.
Je constate aujourd’hui les effets positifs de cette décision dans l’intensité de mon travail, de mes recherches et de ma créativité. Il y a huit ans, j’ai supprimé tous mes comptes, y compris WhatsApp. Ces plateformes sont conçues pour te faire perdre pied, te déconnecter du réel et te faire vivre dans des mondes parallèles. Et puis, quand on veut vraiment accomplir quelque chose, on se donne les moyens d’y parvenir et on le fait. Tout le reste n’est qu’une excuse.
Comment décrirais-tu cet EP Animal Glitch ?
Je décrirais Animal Glitch comme une expérience mêlant des sonorités modulaires à des instruments acoustiques. Un jour, en faisant des essais, je me suis rendu compte que les percussions et les chants africains se mariaient très bien avec ces sons bruts et rugueux. Cela créait un contraste comparable à celui du sucré-salé : des éléments opposés qui, pourtant, se complètent et donnent naissance à une matière sonore très brute et texturée.
En revanche, ce qui n’était pas un hasard, c’est la brièveté des morceaux. Comme ils sont assez expérimentaux, je n’étais pas certain que les auditeurs aient envie de rester jusqu’au bout et de les écouter intégralement. Et puis, nous vivons à une époque où la névrose humaine ne supporte plus de consacrer trop longtemps son attention à une même chose… (rires)
Suivez QECHUABOi sur Bandcamp !
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QECHUABOi, animal instinct
Peruvian beatmaker QECHUABOi delivers the second release on Musiques Obliques, available exclusively on Bandcamp. Far removed from the polished AI-generated music that increasingly clutters today’s sonic landscape, the prolific producer embraces an intuitive approach rooted in live spontaneity and his Latin influences. Now based in Madrid, QECHUABOi writes and releases music at a relentless pace, moving against the current of contemporary global bass trends. Guided by instinct rather than fashion, he playfully blends techno, reggaeton, abstract hip-hop, footwork and IDM without ever relying on a predetermined formula. Musiques Obliques invites you to discover his new EP, Animal Glitch, while reading our interview with the artist!
What do you think about AI in music? Are you using it?
I think AI is cheating. I don’t think it fosters creativity in the deepest, most artistic sense. It strikes me as a crutch for lazy people. I know it’s inevitable given the times we’re heading toward in the future, but I still don’t agree with it. The textures and those “good” glitches you find when sampling, I´ll never find them in AI. I feel like it’s a form of self-deception to fill an empty void of social approval and to show others that you’re active and “producing”. As for me, I DON’T USE IT!
You are releasing a lot of music, almost every week. Where does all this inspiration come from? What is your way of making music?
I make beats every day; not a day goes by without me practicing. I set aside beats that are half-finished and then come back to them later. Sometimes they come together on the first try, and other times I open up projects I’ve had saved, listen to them with fresh ears, and give them a second chance. I try to treat it like an exercise, like working out or eating well. I like to stay connected to music and listen to a lot of it. I draw inspiration from other artists and also engage with other art forms to create a soundtrack for them. My weapon is my sampler, and my bullets are my samples.
Are you listening to a lot of music, or are you too busy composing yours?
I’d say it’s about 50/50. I make beats and listen to music in equal measure, I feel. Lots of boom bap, electronic, reggae, punk, metal, and older songs like boleros, jazz, and salsa, among others.

What are your biggest musical childhood memories that still influence you today?
Definitely Michael Jackson and George Benson. Those are the albums my dad always played at home and when he drove us to school. They’re the earliest memories I have of music in my life, and I feel like they’re still with me to this day. I’ve bought some of my dad’s old albums so I can have them at home now.
Can you still feel the influence of traditional Peruvian rhythms, even since you moved to Spain?
Yes, it’s still present in its most traditional forms —because I have albums at home— and also in its most contemporary forms, since I’m always listening to what my producer friends in Peru are doing. It’s something that will stay with me until the day I die. No matter how much we travel the world, the roots of folklore will accompany us wherever we go.
What is your favourite platform to release your music?
I post on Bandcamp but alro on Rauversión and SoundCloud. Although SoundCloud is my least favorite. I feel like it’s turned into a social network rather than a music platform. The algorithm is brutal, if you don’t have a Pro account, you won’t get any plays or reach. It’s become way too commercialized.
Rauversion is a new platform that I really like, and Bandcamp helps me sell my music and earn some extra income at the end of the month.
Sometimes I like to release tracks under my own name because I can do it right away, and I ask netlabels when I feel like what I’ve produced fits with the netlabel’s concept.
I don’t have a preference, it depends on how I feel that day after finishing the track.
Are you boycotting the major platforms like Spotify or Deezer?
I’ve never been drawn to the big platforms, since whenever I want to listen to something, I’ve always looked for it on YouTube. It always comes with images and recording quality that add texture and a sense of era to whatever you’re looking for. I find that interesting.
I’ve also discovered an alternative search engine that blocks all ads and doesn’t use an algorithm. So every time I search, I start from scratch. And I have to force myself to do my own research and not get carried away by the suggestions it shows me. I’ve also disabled YouTube’s search history so the homepage starts with a clean slate.
Although I’m aware that the big platforms have very exploitative deals with independent artists, I might have a subliminal boycott in mind. Hehehehehhehehe. And sure enough, I don’t have a personal account on Spotify, Apple, or any of those platforms.
You are not on Instagram, Facebook or any social network, which is really rare nowadays. What is the reason?
I have a very addictive personality, and those apps were taking up a lot of my creative time. I was more focused on showing what I was doing than on finishing what I was creating. I see this reflected in the intensity of my work, research, and creativity. Eight years ago, I deleted all my accounts, even WhatsApp. They’re designed to make you lose yourself and disconnect, living in parallel worlds. Besides, when you want to achieve something, you go after it and make it happen. Everything else is just an excuse.
How would you describe this Animal Glitch EP?
I’d describe Animal Glitch as an experiment blending modular sounds with natural instruments. One day, while messing around, I realized that African percussion and chants went really well with these rough sounds, creating a contrast like sweet and sour, but they complemented each other and produced a pretty raw, textured blend. What wasn’t a coincidence, though, was the fact that these are very short tracks. Since they’re somewhat experimental, I wasn’t sure if listeners would stick with them and listen to them all the way through. Besides, we live in an era where human neurosis can’t handle too much mental runtime, hehehehehehe.
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