Sulaf, le Soudan loin des yeux, près du coeur

« J’ai rassemblé mes affaires dans un petit sac, sans verser beaucoup de larmes, car personne ne s’attendait à ce qui allait arriver. Personne n’avait prévu cette séparation… »

C’est avec cette phrase que Sulaf introduit son album. Né de l’exil forcé de la chanteuse et joueuse d’oud après le déclenchement de la guerre au Soudan, ABA est un disque profondément habité par le déracinement. Initialement venue à Paris pour une simple résidence artistique à la Cité Internationale des Arts, elle s’y retrouve bloquée, empêchée de rentrer chez elle. De cette rupture imprévue et non préparée sont nés ces 10 titres, où l’on peut sentir l’émotion à fleur de peau.

Accompagnée du producteur français Maxime Kosinetz -qui a aussi travaillé avec Tinariwen et Imarhan- Sulaf chante sur de délicates textures électroniques, tissant un dialogue fascinant entre percussions nubiennes, oud expressif, mélodies minimalistes mélancoliques, et sa voix… D’une intensité saisissante, capable de provoquer un frisson à la fin de chaque vers, la voix de Sulaf entre sous la peau de l’auditeur pour partager sa douleur, son espoir et sa résilience.

Au cœur de l’album se trouve la figure d’Aba, son arrière-grand-père soufi, poète et musicien disparu en 2006. Ses textes, consacrés aux séparations, aux retrouvailles et aux liens familiaux, prennent ici une dimension nouvelle dans la parole de Sulaf, face à son expérience de l’exil forcé. Mélancolique, viscéral et bouleversant, ABA reste incroyablement lumineux et prend à la fois la forme d’un hommage intime, doublé d’une déclaration d’amour à son pays.

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